ÀCrépy-en-Valois, l’un des premiers foyers de contamination du virus en France, l’école Sainte-Marie a temporairement fermé ses portes depuis le 2 mars. Cécile Moizard, directrice et enseignante raconte la mise en place du suivi pédagogique à la maison pour ses 10 classes en maternelle et élémentaire.

ecole-sainte-marie-de-crepy-en-valois-cecile-moizart-directrice2ONE : Quelle est la situation de votre école en ce moment ?

Cécile Moizard : Crépy-en-Valois est un des premiers foyers de coronavirus en France et notre école a fait partie des premières à subir une fermeture. Le 2 mars, on nous avait annoncé deux semaines, puis quand il a été décidé de fermer l’ensemble des écoles de l’Oise, une semaine a été ajoutée. Pour l’instant, nous en sommes à la moitié du parcours.

Quel a été votre plan d’action à l’annonce du confinement de votre école ?

L’Éducation Nationale a demandé à ce que la continuité pédagogique soit tout de suite assurée. À l’école Sainte-Marie, on s’est dit tout de suite qu’on avait la chance d’avoir ONE ! Le lundi, j’ai tout de suite demandé par mail aux neuf enseignantes de réfléchir et proposer aux élèves des activités quotidiennes dès le lendemain via l’ENT. En parallèle, j’ai annoncé aux parents qu’il y aurait un suivi quotidien sur ONE à partir de mardi.

« Toutes les enseignantes ont ouvert un Cahier multimédia, qui s’appelle Cahier de continuité pédagogique. »

 

Quelle application est utilisée par les enseignantes pour diffuser aux élèves la liste des activités du jour ?

Toutes les enseignantes ont ouvert un Cahier multimédia, qui s’appelle “Cahier de continuité pédagogique”. Elles remplissent et datent quotidiennement le contenu de la journée, plus ou moins équivalent à ce qui serait fait en classe, mais à travers les formes diverses et variées que permet ONE. Il y a des dictées avec le dictaphone, des capsules d’enseignement piochées sur Internet et dont on copie les codes d’intégration ou même des exercices interactifs LearningApps par exemple. On a essayé d’alléger l’écrit, car c’était fastidieux pour les enfants. Les pages des Cahiers multimédia se remplissent de documents en tout genre : vidéos, sons, écrits… On diffuse aussi des scans de pages de livres pour les élèves qui les ont laissés à l’école.

« Je souhaite qu’un lien se crée entre les enfants et les maîtresses, mais aussi entre les enfants entre eux. On ne transmet pas juste du scolaire et des devoirs avec ONE. »

 

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Comment communiquent les élèves et les maîtresses malgré la distance ?

Pour répondre aux questions des élèves sur les activités, on utilise beaucoup la Messagerie. On n’a ouvert que les comptes des élèves, pas les comptes des parents. Donc les plus grands adressent directement leurs questions à leur maîtresse et, pour les plus petits, ce sont les parents qui les transmettent. Depuis quelques jours, on a aussi pris conscience qu’il fallait trouver des moyens de renouer le lien et le faire vivre. On n’a pas nommé tout de suite ce besoin, mais petit à petit, et même pour nous, le temps et la distance nous éloignent. La reprise ne sera pas facile, c’est presque comme des grandes vacances (deux semaines de vacances avant les 3 semaines de fermeture, ndlr). Donc, je souhaite qu’un lien se crée entre les enfants et les maîtresses, mais aussi entre les enfants entre eux. On ne transmet pas juste du scolaire et des devoirs avec ONE. Par exemple, on a créé un Cahier multimédia “Les nouvelles de la classe” et chacun y dépose une photo de son loisir du jour. C’est un genre d’album photo de choses moins scolaires, mais qui permettent de créer du lien, de l’amusement et de la complicité. Des choses qui sont naturelles en classe.

Comment s’organisent les responsables à la maison ?

Ma préconisation a été de dire aux maîtresses de faire des listes d’activités quotidiennes. Une liste par semaine n’aurait pas suffi. Les parents ne savent pas, par exemple, comment on organise la classe et comment on alterne les activités. Pour les horaires, on a donné des conseils et des préconisations, mais on ne peut pas les imposer. On sait très bien que les parents doivent souvent jongler avec leur télétravail et leurs autres enfants. S’ils sont tous dans notre école, c’est facile, parce qu’on utilise uniquement ONE. Mais si un des enfants est au collège par exemple, le fonctionnement est différent et ça devient compliqué. Ils ne peuvent pas nous suivre à la lettre, car ils doivent instaurer une organisation familiale. Par exemple, j’ai fait une évaluation de lecture. J’ai demandé aux élèves d’enregistrer un texte qu’ils devaient préparer à la maison. Des parents se sont excusés de ne pas avoir assez de temps pour le faire avant le weekend. On comprend !

« La journée de travail à la maison est presque équivalente à une journée entière en classe, mais ça dépend beaucoup du rythme de l’élève. »

 

Quel est le rythme à suivre pour les élèves ?

La journée de travail à la maison est presque équivalente à une journée entière en classe, mais ça dépend beaucoup du rythme de l’élève. Certains y passent 3h, d’autres 5h… C’est très variable, mais en classe aussi. Quand vient l’heure de la récréation ou la fin de journée, on voit bien que des élèves ont terminé tous les exercices et d’autres non. Dans tous les cas, on a conseillé aux familles de faire travailler les enfants à heure fixe et de manière très régulière. On ne met rien le mercredi, comme une semaine normale. Je commence à demander des indicateurs pour nous permettre d’ajuster éventuellement notre façon de transmettre l’enseignement.

Est-ce que toutes les familles ont bien pris le pli ?

On a fait une grosse communication ce matin aux familles, en répétant qu’il est, à ce jour, essentiel d’être allé sur son Cahier multimédia et qu’il est impensable que certains ne s’y connectent pas. Il nous semble qu’il y a une ou deux familles dans ce cas… Toutes les maîtresses sont chargées de faire le point avec les familles via la Messagerie. Où en est votre enfant et comment se passe le suivi ? J’ai demandé ces retours pour demain matin, par l’intermédiaire de chaque maîtresse.

« Je viens d’avoir le retour d’une enseignante qui m’explique avoir fait un bond en avant sur l’utilisation des moyens numériques dans sa façon de faire classe. »

 

Et pour les maîtresses, la transition se déroule bien ?

Ça se passe bien. Notre chance, par rapport à d’autres écoles primaires où le numérique est peut-être moins présent, c’est d’avoir déjà mis ONE en place l’année dernière. On n’avait pas à se demander quels moyens utiliser et comment les utiliser. Les comptes étaient déjà en place, déjà activés. Les maîtresses se sont mises tout de suite à préparer leurs contenus. Après, certaines utilisaient moins ONE que d’autres. Je viens d’avoir le retour d’une enseignante qui m’explique avoir fait un bond en avant sur l’utilisation des moyens numériques dans sa façon de faire classe et qu’elle visualise mieux comment l’utiliser dans sa pratique plus tard. C’est une conséquence intéressante, car aujourd’hui ça fait partie des compétences de l’enseignant que d’utiliser des moyens numériques dans sa pédagogie et là, comme on n’a pas le choix, on progresse !

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